Combien il peut être difficile d’entendre ces 5 mots prononcés par la personne qu’on aime. Il m’est arrivé dans mes accompagnements de couples d’entendre ces mots et d’en interroger le sens pour son auteur. Qu’est-ce que le couple représente pour cette personne en désamour? Quelle est la qualité du lien tissé au fil du temps ou au contraire détricoté par les aléas de la vie, la routine. Pourquoi s’être lancé dans l’aventure d’un couple ? Pour faire famille, pour ne pas être seul.e, par amour ? Et qu’est-ce qu’aimer ? Est-ce que j’aime quand je ne désire plus ? Se pose alors la question de rester avec l’autre ou de le quitter ? Dois-je être fidèle à moi-même ou au serment pris ?
Le couple fondé sur le sentiment amoureux est une invention très récente dans l’histoire de l’humanité. Jusqu’au début du 20è siècle le couple n’existait pas en dehors du mariage et le mariage était une affaire de famille pour allier deux patrimoines, transmettre un nom et donner des héritiers. Pour se marier il fallait l’autorisation des parents « marie toi, le reste suivra ! »
Parfois les sentiments naissaient grâce aux soins réciproques de l’un et de l’autre, parfois la cohabitation plus ou moins respectueuse était supportée jusqu’au décès de l’un des deux, délivrant le survivant d’un poids.
Aujourd’hui, les attentes vis à vis du couple sont : ressentir de l’amour, s’épanouir individuellement, se développer personnellement. La fragilité des couples est contenue dans ces attentes. Croire que l’amour est éternel, qu’il est acquis et restera sous la même forme que les premiers papillons dans le ventre est une illusion qui puise sans doute sa source dans le besoin fondamental d’être aimé, de se sentir aimé. L’amour n’est jamais acquis.
Notre capacité à aimer et à recevoir de l’amour s’est construite à partir de nos premières relations avec nos donneurs de soins et la façons dont nous avons été aimé aux premiers jours de la vie. Si la rencontre est toujours mystérieuse, pourquoi lui ? Pourquoi elle ? Pourquoi ici et maintenant ? Le choix amoureux lui ne se fait pas par hasard. Dans le couple chacun joue une partition inachevée dans l’espoir de réparer avec ce partenaire ce qui n’a pu l’être avec les parents. Ainsi la relation de couple réactive des blessures relationnelles enfouies. Il est attendu de l’autre, sans qu’il le sache, qu’il vienne guérir des plaies dont on a plus ou moins conscience et vice versa. Bien souvent, il n’est pas possible de verbaliser ces demandes. C’est pourquoi, lorsque l’autre ne répond pas ou répond mal à ces demandes implicites, cela entraîne des dysrégulations émotionnelles et petit à petit un désinvestissement amoureux.
L’allongement de la durée de vie introduit également une dimension temporelle à la relation. Ce qui paraissait essentiel peut devenir relatif dix ans plus tard, surgissent de nouvelles exigences, de nouvelles envies qui s’entrechoquent et bouleversent l’équilibre, on ne se reconnaît plus. L’accordage originel fait place au désaccordage. Se réaccorder c’est accepter les changements, oser être soi avec l’autre, avec ses forces et ses vulnérabilités, oser se montrer dans sa nouveauté et accepter la nouveauté de l’autre. La crise du désamour est donc une opportunité de relecture de son parcours personnel et relationnel. Une relecture indispensable que l’on décide de rester ou de partir sans quoi il est fort à parier que ce qui n’a pas été élaboré se répète à l’occasion d’une autre relation.
L’amour est une énergie renouvelable qui a besoin d’être nourrie, qu’on lui consacre du temps et lui donne de la disponibilité.


